Les revenus d'Anthropic triplent en mars, les investisseurs d'OpenAI doutent

TechCrunch a rapporté la semaine dernière quelque chose d'intéressant : certains investisseurs institutionnels ayant investi à la fois dans OpenAI et Anthropic reconsidèrent la logique de valorisation des deux entreprises.

Il ne s'agit pas de vouloir vendre OpenAI, mais plutôt que, dans la comparaison entre les deux, les chiffres deviennent de plus en plus difficiles à justifier.

Les chiffres

Les revenus annualisés d'Anthropic, à la fin 2025, étaient de 90 milliards de dollars. À la fin mars 2026, trois mois plus tard, ils sont passés à 300 milliards de dollars.

Plus que triplés. Le principal moteur est l'outil de programmation — Claude Code a pénétré le segment des entreprises plus rapidement que la plupart ne l'avaient anticipé.

La valorisation d'OpenAI est actuellement de 8520 milliards de dollars. Un investisseur détenant des parts dans les deux sociétés a révélé que leur estimation interne est la suivante : pour que la valorisation d'OpenAI ait un sens, il faudrait supposer que sa capitalisation boursière lors de son introduction en bourse dépasse 1,2 billion de dollars.

Ce chiffre est sans précédent historique.

Le marché secondaire parle

Plus révélateur que ce que disent les investisseurs est ce qu'ils font.

Actuellement, sur le marché secondaire privé, les actions d'Anthropic sont très demandées, tandis que les actions d'OpenAI se négocient avec une décote. Les actions des deux sociétés ne peuvent pas être achetées et vendues librement, mais les variations de prix sur le marché secondaire privé sont de véritables signaux du marché.

Lorsqu'un côté se négocie avec une prime et l'autre avec une décote, le marché parle très clairement.

La phrase "Netscape"

Jai Das, président de Sapphire Ventures, a dit une phrase qui a beaucoup déplu aux dirigeants d'OpenAI : il a comparé OpenAI au "Netscape du monde de l'IA".

Qu'était Netscape ? Le dominateur absolu des débuts du Web, ensuite écrasé par Internet Explorer de Microsoft et finalement disparu.

Cette comparaison n'est peut-être pas exacte, mais elle révèle une inquiétude qui commence à circuler dans les cercles d'investisseurs : OpenAI est-elle le pionnier, mais les profits finiront-ils par être captés par les suiveurs ?

OpenAI ne fait pas face qu'à Anthropic, mais aussi à Google, Meta et aux grands modèles chinois. Que les profits du pionnier soient répartis par les retardataires n'est pas sans précédent dans l'industrie technologique.

La réaction d'OpenAI

La directrice financière d'OpenAI, Sarah Friar, a répondu simplement : l'entreprise vient de finaliser un tour de financement de 1220 milliards de dollars, ce qui en soi est une démonstration de confiance du marché.

Cette logique a un certain mérite — si vraiment personne n'était optimiste, autant d'argent n'entrerait pas. Mais un grand tour de financement et une décote sur le marché secondaire ne sont pas contradictoires ; le marché primaire est le résultat de négociations, le marché secondaire est une tarification en temps réel, les informations des deux marchés peuvent coexister.

OpenAI accélère également la transition des clients entreprises, un affrontement direct avec le point fort d'Anthropic. Mais Anthropic est déjà en tête dans le domaine de la programmation d'entreprise ; savoir si OpenAI pourra la rattraper reste à voir.

Pourquoi Anthropic croît si vite

Le taux de croissance pour atteindre un revenu annualisé de 300 milliards de dollars repose sur une chose : les entreprises sont prêtes à payer de l'argent réel pour des outils de programmation IA.

Une décision cruciale d'Anthropic en 2025 a été de ne pas concurrencer OpenAI sur le marché des consommateurs, mais de miser sur les scénarios de programmation et de travail du savoir dans le segment des entreprises. Après le lancement de Claude Code, cette décision a été essentiellement validée. Les enquêtes montrent que 46 % des développeurs préfèrent utiliser Claude Code ; le code de Claude Code représente environ 4 % des commits dans les dépôts GitHub publics, avec une prévision de 20 % d'ici la fin de l'année.

La récompense de cette concentration se reflète désormais dans les chiffres de revenus.

La logique sous-jacente de cette compétition

Anthropic vs. OpenAI n'est plus seulement une question de "quelle entreprise a la technologie la plus forte", mais de "quel modèle économique est le plus durable".

Le problème d'OpenAI n'est pas l'absence de revenus, mais le fait que les dépenses s'étendent également simultanément — coûts de calcul, recherche et développement, personnel, ainsi que la commercialisation en cours, tout cela nécessite une consommation continue de trésorerie. La valorisation de 8520 milliards de dollars repose sur l'hypothèse que "la croissance future peut la soutenir" ; une fois que la croissance commence à ralentir, la pression apparaîtra rapidement.

Anthropic a bien sûr aussi ses propres problèmes. Le revenu annualisé de 300 milliards de dollars est réel, mais il repose sur un seul scénario, l'outil de programmation, avec une concentration très élevée. Si OpenAI parvient réellement à la rattraper dans ce scénario, ou si un nouvel acteur émerge, cette base sera impactée.

La phrase "Netscape" de Jai Das est peut-être trop pessimiste. Mais le risque qu'elle décrit est bien réel.

Source de référence : CocoLoop, Anthropic's rise is giving some OpenAI investors second thoughts(TechCrunch)