« Nous n'hésitons pas et nous ne dispersons pas nos paris. Nous misons tout sur la technologie américaine. »
Ces mots sont ceux de Yousef Al Otaiba, ambassadeur des EAU aux États-Unis, lors d'une table ronde de l'Atlantic Council à Washington le 8 mai. Jusque-là, l'examen américain des exportations de puces IA avancées vers le Moyen-Orient était réputé très strict.
Il a ensuite livré l'information qui a fait réagir la salle : la première cargaison de puces IA avancées Nvidia était déjà arrivée à Abou Dhabi, et « d'autres sont en route ».
Pourquoi c'est important
Depuis plus d'un an, les exportations de puces IA vers le Moyen-Orient se trouvaient dans une zone grise que le Bureau of Industry and Security (BIS) redessinait régulièrement. Lors de la visite de Donald Trump aux EAU en 2025, les deux parties avaient conclu un accord autour d'un « UAE-US AI Campus » de 5GW. Ce campus à lui seul nécessiterait des centaines de milliers de GPU de classe H100. Le problème était simple : sans licences approuvées, les plans ne construisent pas de data centers.
L'arrivée de la première livraison signifie deux choses.
- L'examen des exportations par la Maison Blanche s'est ouvert dans les faits. Un signal politique est devenu une livraison de matériel.
- Le goulet d'étranglement de G42 en puissance de calcul a été levé. L'entreprise d'IA d'Abou Dhabi avait été avertie à plusieurs reprises lorsqu'elle cherchait des fournisseurs hors des États-Unis. Cette fois, elle est clairement intégrée à un canal allié approuvé.
Al Otaiba a qualifié cette relation de « partenariat économique le plus important de cette décennie ». La formule peut sonner diplomatique, mais les derniers indicateurs IA des EAU lui donnent du poids.
Les chiffres IA des EAU
Il ne s'agit pas seulement de slogans.
- Score mondial de puissance IA de l'Atlantic Council : les EAU ont obtenu 17,3 sur 25 et sont classés comme « advanced AI power », juste sous le groupe des « frontier AI powers ».
- Classement mondial d'adoption de l'IA de Microsoft : les EAU arrivent premiers dans l'édition de mai, devant Singapour, la Norvège, l'Irlande et la France.
- MBZUAI : la Mohamed bin Zayed University of Artificial Intelligence a été fondée en 2019 et se consacre à la recherche en IA.
- Omar Al Olama : les EAU font partie des premiers pays à avoir nommé un ministre chargé de l'IA.
Un pays d'environ huit millions d'habitants a commencé à miser systématiquement sur l'IA dès 2017. En 2026, cette mise entre dans sa période de récolte.
Ce que représentent 5GW
La comparaison rend l'ordre de grandeur plus clair.
- Un réacteur nucléaire standard : 1GW
- La première phase Stargate d'OpenAI à Abilene, au Texas : 1,2GW
- L'extension Colossus One discutée par Anthropic et SpaceX : 0,3GW
L'AI Campus des EAU est prévu comme un site unique de 5GW, l'équivalent de cinq réacteurs nucléaires alimentant des GPU à pleine puissance. Moins de trois gouvernements dans le monde peuvent demander de façon crédible une infrastructure de cette taille.
Pourquoi les États-Unis ont accepté
La logique est directe : si les EAU misent sur les États-Unis, ils n'iront pas vers Huawei.
Depuis deux ans, la politique américaine d'exportation de puces IA oscille entre deux objectifs. Washington veut limiter l'accès de ses rivaux au calcul avancé, mais ne veut pas pousser ses alliés dans les bras de ces mêmes rivaux. Le message des EAU à Washington était : nous ne hedgons pas. En échange, l'administration Trump a approuvé les licences au nom du statut d'allié de long terme.
Les conditions de contrôle restent strictes. Les EAU doivent garantir que les puces ne seront pas utilisées de manière abusive et qu'aucune entité non autorisée n'y aura accès. G42 aurait accepté une série de mesures de transparence supervisées par les États-Unis. Les documents publics ne précisent pas s'il s'agit d'audits, de remote kill switch, de droits de revue des accès ou d'une combinaison.
La partie n'est pas terminée
La première cargaison est arrivée et « d'autres sont en route ». HUMAIN, en Arabie saoudite, attend aussi son tour. Le département américain du Commerce a approuvé en novembre environ 35.000 puces, pour près de 1 milliard de dollars, destinées à HUMAIN en Arabie saoudite et à G42 aux EAU.
Cela signifie que les États du Golfe pourraient construire rapidement plusieurs centres de calcul IA à l'échelle du gigawatt au cours des 12 prochains mois. Sur le plan géopolitique, c'est une étape clé des États-Unis dans la bataille pour la souveraineté IA au Moyen-Orient. Sur le plan industriel, des acteurs nationaux comme G42 et HUMAIN passent du stade du concept à la compétition réelle.
Qu'est-ce que les EAU veulent obtenir avec ce pari ? Al Otaiba l'a dit clairement : le pays veut devenir, hors de Silicon Valley, le deuxième endroit capable de produire à grande échelle des modèles IA de frontière.
L'ambition est immense. Le test sera de voir, dans les six prochains mois, combien de mégawatts de data centers refroidis par liquide apparaîtront réellement.
Sources : CocoLoop, UAE receives first shipment of Nvidia's advanced AI chips (The National) ; U.S. greenlights AI chip exports to Gulf tech giants after Saudi Crown Prince's Washington visit (CNBC)