IBM a ouvert Think 2026 à Boston, le 5 mai, avec un message plus net sur l’IA d’entreprise.
Le PDG Arvind Krishna a résumé l’enjeu ainsi : faire fonctionner l’IA en entreprise exige un nouveau modèle d’exploitation, avec la même rigueur, la même gouvernance et la même capacité de passage à l’échelle que pour les infrastructures critiques.
C’est une inflexion par rapport aux années précédentes, où watsonx était surtout présenté comme une « plateforme d’IA d’entreprise ». Cette fois, IBM donne un nom plus large à cette thèse : AI Operating Model.
La raison est simple : le problème a changé.
Qui gouverne des milliers d’agents ?
Dans les grandes entreprises, le nombre d’agents est passé de quelques unités à plusieurs dizaines. Les équipes, les plateformes et les modèles varient. Beaucoup d’organisations ne savent pas exactement combien d’agents tournent, qui les a autorisés, ni qui porte la responsabilité en cas d’incident.
Pour IBM, les entreprises passent du déploiement de quelques agents à la gestion de milliers d’agents. Le défi n’est plus seulement de les construire, mais de les garder gouvernés et auditables presque en temps réel.
Le principal mouvement produit de Think vise cette couche. La nouvelle génération de watsonx Orchestrate, en private preview, est présentée comme un agentic control plane : un plan de contrôle pour raccorder des agents issus de différentes plateformes et de différents fournisseurs à un cadre de politiques commun. En parallèle, IBM Bob, l’agent partenaire des développeurs centré sur la sécurité et les coûts, est désormais disponible pour la production.
Concert Secure Coder s’intègre directement au flux de développement afin de traiter les vulnérabilités pendant l’écriture du code, plutôt qu’après le merge et la revue sécurité.
Autrement dit, IBM veut déplacer la gouvernance de l’IA de l’audit a posteriori vers le moment où le logiciel est créé.
IBM renforce aussi la couche données
Les agents n’ont que peu de valeur s’ils ne peuvent pas accéder aux bonnes données opérationnelles. IBM a donc présenté à Think un ensemble mêlant streaming, recherche, opérations et infrastructure souveraine.
| Plateforme | Rôle | Statut |
|---|---|---|
| IBM Confluent | Streaming temps réel sur des bases Kafka et Flink | Acquise et intégrée |
| watsonx.data | OpenRAG, OpenSearch et Presto accéléré par GPU | Private preview |
| Concert | Plateforme d’opérations intelligentes | Public preview |
| Sovereign Core | Couche d’infrastructure souveraine | GA |
| IBM Bob | Partenaire de développement d’agents d’entreprise | GA |
Un chiffre de watsonx.data ressort : dans une preuve de concept chez Nestle couvrant des data marts mondiaux dans 186 pays, IBM affirme avoir réduit les coûts de 83% et amélioré le rapport prix-performance de 30 fois. L’entreprise présente ce résultat comme issu d’un environnement de production, et non d’un benchmark synthétique.
Sovereign Core pourrait être la pièce la plus stratégique
La souveraineté devient une exigence concrète dans l’IA. L’Europe veut un contrôle local des données, les acheteurs du Moyen-Orient exigent la résidence des données, et des pays comme le Canada et l’Inde débattent plus ouvertement de souveraineté IA.
IBM Sovereign Core transforme la conformité et l’indépendance opérationnelle de la couche infrastructure en produit. La liste des partenaires est parlante : AMD, Dell, Intel, Mistral, MongoDB, Palo Alto Networks, Red Hat, Cloudera, Elastic et Confluent.
La présence de Mistral compte. Elle suggère un modèle dans lequel IBM se place comme maître d’œuvre des programmes d’IA souveraine, tandis que des fournisseurs régionaux apportent une partie de la couche modèle.
AI Divide est le vrai thème
Krishna a répété l’expression “The AI Divide” : l’écart entre les investissements massifs dans l’IA et les retours métiers encore limités. IBM dit aux DSI que l’IA doit quitter le budget des pilotes pour devenir un investissement dans les systèmes cœur.
Ce cadrage sert IBM. Conformité, reprise après sinistre, pistes d’audit et infrastructures d’entreprise durables sont des domaines que l’entreprise pratique depuis des décennies, alors que beaucoup d’acteurs nés avec l’IA ont moins d’historique opérationnel.
Ce que signifie ce mouvement
À court terme, le test sera l’adoption réelle de watsonx Orchestrate et de Sovereign Core chez les clients. À moyen terme, le pari d’IBM est cohérent : gouverner des milliers d’agents peut devenir une douleur d’entreprise avant même la quête d’agents plus puissants.
Salesforce avec Agentforce, Microsoft avec Agent 365 et IBM avec watsonx Orchestrate ciblent tous cette couche de contrôle. L’avantage d’IBM réside dans sa base installée et sa crédibilité dans les environnements fortement régulés.
La capacité à réduire l’AI Divide se mesurera plus clairement dans les prochains chiffres de revenus de watsonx.
Sources : Think 2026: IBM Delivers the Blueprint for the AI Operating Model as the AI Divide Widens (IBM Newsroom) ; IBM Combines AI Operations, CocoLoop, Sovereign Infrastructure, and Quantum Drug Discovery Progress at Think 2026 (StorageReview) ; IBM rolls out tools to run thousands of AI agents with governance (Stocktitan)